Les bénéfices économiques du gaz de schiste en question

Les partisans du gaz de schiste l’admettent : la première motivation à l’exploitation des gaz de schiste est économique. Bien sûr, l’argument ne porte pas sur le profit réalisé par les multinationales du pétrole se lançant dans l’aventure, mais plutôt sur un bénéfice collectif passant par la création d’emplois. Les Etats-Unis sont évidemment cités en exemple d’une réussite économique relancée par le gaz de schiste à la suite de la crise financière de 2008-2009.

Les impacts économiques aux Etats-Unis : relocalisations industrielles et créations d’emplois

C’est un rapport de l’institut de prédiction économique IHS Global Insight que les défenseurs du gaz de schiste agitent pour mettre en avant les effets économiques positifs du gaz de schiste. L’organisme estime ainsi que ce sont 600 000 emplois directs, indirects et induits que le gaz de schiste aurait contribué à créer en 2010 aux Etats-Unis. En 2015, ce seront 870 000 emplois générés par le gaz de schiste. Sans pouvoir nier que le gaz de schiste est un secteur industriel créateur d’emplois, on peut toutefois douter de la neutralité de l’étude.

Par ailleurs, la compétitivité industrielle des Etats-Unis s’est rapidement améliorée pour les secteurs consommant de grandes quantités de gaz naturel. En effet, l’essor rapide de la production de gaz de schiste est venu renforcer l’offre de gaz naturel sur les marchés américains et a inauguré une période de prix bas favorables à l’industrie. L’industrie chimique et ses leaders comme BASF, DuPont de Nemours ou Dow Chemical programment un certain nombre d’ouvertures d’usines, notamment au Texas, en Pennsylvanie et au Dakota, tous producteurs de gaz de schiste. Sont également concernés les grands aciéristes, dont les coûts énergétiques sont très élevés. Une concurrence face à laquelle il est difficile de lutter pour l’Europe, où les prix du gaz sur les marchés de gros se situent entre 12 et 13 dollars par MMBtu (millions de British Thermal Unit, unité de référence), contre entre 3 et 4 dollars aux Etats-Unis !

Le pifomètre, instrument de mesure du nombre d’emplois créés par le gaz de schiste

En France, il est impossible de prédire l’ampleur des créations d’emplois à attendre d’une éventuelle exploitation du gaz de schiste du territoire. Premièrement, les estimations des réserves en gaz de schiste sont extrêmement approximatives, et peut-être nettement surévaluées. L’Energy Information Administration (EIA) américaine a produit un rapport de référence plaçant la France en deuxième position européenne sur les réserves techniquement récupérables de gaz de schiste, estimées à 3870 milliards de mètres cubes. Ces chiffres sont en réalité extrêmement incertains, car fondés sur des calculs de coin de table. L’étude de rapports géologique ne permet pas de calculer avec précision ni les quantités de gaz réellement présentes dans le sous-sol, ni le pourcentage qui peut être exploité : ce coefficient de récupération en particulier est très difficile à approcher. Les estimations initiales de l’EIA ont ainsi déjà été fortement revues à la baisse pour les gisements de gaz de schiste du sud de la France, qui serait finalement dix fois moins prometteurs qu’initialement envisagé...

Dans les quelques estimations du nombre d’emploi potentiellement créés en France qu’on peut rencontrer sur la toile, on se fonde sur des règles de trois pour le moins douteuses. Prenons l’hypothèse (ambitieuse) d’une production annuelle de 20 milliards de mètres cubes de gaz de schiste, soit 17,2 million de tonnes d’équivalent pétrole, soit 17,2% de la production totale d’énergie française. Le secteur de l’énergie employant 500 000 personnes environ aujourd’hui en France, le calcul des partisans de gaz de schiste arrive à la conclusion que le gaz de schiste créera 500 000 x 12% = 60 000 emplois en France. Même s’il est intéressant d’avoir un premier ordre de grandeur, il est évident que ce résultat repose sur des hypothèses trop approximatives pour être crédible.

Les prix du gaz baisseront en Europe sans le gaz de schiste

Au niveau de la compétitivité industrielle retrouvée des Etats-Unis, que l’Europe ne se fasse pas trop d’inquiétude à moyen terme ! En effet, les prix du gaz naturel ne peuvent pas rester si bas aux Etats-Unis et si élevés en Europe (3 à 4 fois plus chers qu’aux Etats-Unis) et en Asie (5 à 6 fois plus chers). Le gaz naturel est une commodité échangée librement entre les différents pays du monde. Seul le manque d’infrastructures de transport du gaz naturel explique le différentiel de prix actuel. Or, des terminaux de liquéfaction en construction aux Etats-Unis vont autoriser des exportations vers les autres pays du monde, venant renforcer l’offre de gaz en Europe et en Asie. Au final, le différentiel de prix ne devrait plus correspondre qu’aux coûts du transport du gaz, et non à une différence de rareté.

Dans une logique purement économique, il faudrait attendre avant d’exploiter le gaz de schiste

Quand bien même on adopterait un raisonnement purement fondé sur le profit, on aboutirait probablement à la conclusion qu’il est urgent d’attendre en matière d’exploitation du gaz de schiste :

  • Premièrement, plus le temps passe, plus les techniques d’exploration progresseront pour maximiser le coefficient de récupération du gaz.
  • Deuxièmement, plus le temps passe, et plus les réserves se valoriseront face à l’épuisement des ressources mondiales en hydrocarbures.
  • Troisièmement, il n’y a pas de coût de stockage du gaz de schiste. Attendre n’a qu’un coût d’opportunité.
  • Quatrièmement, les entreprises françaises du secteur du pétrole comme Total ou Vallourec n’ont pas besoin de la France pour parfaire leur savoir-faire en matière d’exploitation du gaz de schiste. Elles trouvent tout aussi bien à l’étranger leurs terrains d’expérimentation.

Conclusion : les énergies vertes ne sont-elles pas économiquement plus attractives ?

La maîtrise technologies liées aux énergies renouvelables semble être une perspective économique autrement plus sûre que le gaz de schiste. Les énergies solaire, éolienne ou même hydrolienne sont bien présentes sur la planète et ne sont pas des hypothèses de chercheurs. Face aux défis de la pollution et du réchauffement climatique, l’aspect écologique des énergies renouvelables sera de plus en plus valorisé à l’échelle mondiale. Le Syndicat des énergies renouvelables estime que 125 000 emplois directs et indirects pourraient être créés en France d’ici à 2020 sur les énergies vertes. Un chiffre à prendre une nouvelle fois avec précaution mais bien moins approximatif que le niveau des réserves récupérables de gaz de schiste sur le territoire national

A propos de l'auteur

Un article d'. Passionné de montagne et de nature, Edouard est un acteur engagé (et enragé) de la lutte contre le gaz de schiste.