Le mirage de l’indépendance énergétique retrouvée grâce au gaz de schiste

La géopolitique est volontiers mise au service de la propagande pro-gaz de schiste. La France serait victime d’une dépendance à l’égard des pays exportateurs de gaz naturel auxquels toute confiance dans l’approvisionnement énergétique de la France devrait être refusée. La réalité est heureusement plus complexe, moins menaçante et doit nous laisser des perspectives bien plus heureuses pour l’avenir que d’être tenus sous perfusion de gaz naturel par des dictatures étrangères aux intentions hostiles.

L’approvisionnement énergétique actuel de la France est déjà sécurisé

Au global, le taux d’indépendance énergétique de la France, calculé comme la production totale d’énergie primaire divisée par la consommation d’énergie primaire, s’élevait à 51,2% en 2010, en particulier grâce à la production nucléaire domestique. Les chiffres sont en effet moins enthousiasmants pour le gaz naturel, dont la production française ne couvrait que 1,4% de la consommation nationale en 2011 d’après le Commissariat Général au Développement Durable.

Toutefois, les importations sont correctement diversifiées entre différents pays producteurs, dont certains sont des voisins européens immédiats peu suspects d’intentions hostiles envers la France.

Pays Norvège Pays-Bas Russie Algérie Qatar Autres et indéterminés
% des importations de gaz 37% 18,7% 14,7% 12,7% 6,2% 10,7%

Données France 2011, entrées nettes, transit et exportations exclus.

On est donc bien loin de la situation de certains Etats d’Europe de l’Est dont la dépendance à l’égard de la Russie dépasse les 90%, héritage de l’époque soviétique ayant survécu à la chute du mur de Berlin.

L’avenir de l’indépendance énergétique de la France n’est pas plus inquiétant que le présent

Les prochaines décennies ne devraient pas être plus menaçantes pour assurer la continuité de l’approvisionnement en gaz naturel de la France, pour plusieurs raisons.

Premièrement, la première préoccupation des citoyens et de la puissance publique devrait être l’amélioration de l’efficacité énergétique. Les premières mesures, comme le Grenelle de l’Environnement sous Nicolas Sarkozy ou la loi sur la Transition énergétique de François Hollande sont bien sûr insuffisantes, mais montrent que mêmes nos gouvernants absorbés par les intérêts économiques ont conscience que l’environnement devient une priorité. Plus cette voie de l’efficacité énergétique sera déroulée et moins la France aura besoin d’acheter de gaz naturel à l’étranger.

Deuxièmement, quand bien même l’efficacité énergétique ne progresserait pas aussi vite qu’espéré, la sécurité énergétique de la France n’en serait pas pour autant menacée. Si la part des pays « amis » que sont la Norvège et les Pays-Bas dans nos importations de gaz est amenée à se réduire en raison de l’épuisement des réserves, la France sera toujours en mesure de diversifier ses importations. Les technologies du gaz naturel liquéfié (GNL, ou LNG en anglais) sont en plein boom et permettent l’exportation de gaz naturel sur longue distance en passant par des navires méthaniers plutôt que par des gazoducs. Résultats : des importations plus importantes en provenance de pays fiables comme le Qatar ou les Etats-Unis, et la possibilité pour l’importateur d’arbitrer facilement entre différentes cargaisons en provenance de différents pays.

Conclusion

La France n’est menacée ni à court ni à moyen terme sur la sécurité de ses approvisionnements énergétiques, en raison de la diversification des pays de provenance de ses importations. La solution à sa dépendance envers l’étranger pour tous les hydrocarbures doit passer par un renforcement de l’efficacité énergétique.

A propos de l'auteur

Un article d'. Passionné de montagne et de nature, Edouard est un acteur engagé (et enragé) de la lutte contre le gaz de schiste.