La rentabilité douteuse de l’exploitation du gaz de schiste

Les partisans du gaz de schiste citent en exemple le renouveau économique américain comme preuve des bienfaits économiques de l'exploitation de gaz de schiste. Les Etats-Unis constitueraient le modèle à suivre pour la France, engluée dans une morosité économique prolongée. Toutefois, les faits sont plus complexes et le raisonnement ne résiste pas à l’analyse.

Le mirage du miracle américain pour les acteurs économiques du gaz de schiste

Premièrement, l’exploitation du gaz de schiste aux Etats-Unis a pris des proportions difficilement imaginables en France, avec 500 000 forages actifs en 2011. Deuxièmement, on peut s’interroger sur la rationalité économique des exploitants du gaz de schiste en considérant le paradoxe suivant:

  • En 2012, la banque Meryll Lych estimait que le prix du gaz devait être compris entre 6 et 8 dollars par million de British Thermal Units (MMBtu) pour que les exploitations de gaz de schiste soient rentables.
  • Pourtant, les prix sur les marchés oscillaient entre 3 et 4 dollars par MMBtu !

Pourquoi les grands acteurs américains de l'énergie se sont rués vers ce gouffre financier ? La réponse est simple: le développement des gaz de schiste aux Etats-Unis s’est appuyé sur un soutien étatique massif au secteur pétrolier via des subventions et des exonérations fiscales de grande ampleur sur d’autres activités.

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Un exploitant comme Exxon peut donc se permettre de faire des pertes importantes sur ses opérations de gaz de schiste, puisqu’elles sont largement compensées par ses autres activités bénéficiaires et par des subventions versées pour son activité pétrolière. Par exemple, tout forage en eau profonde dans le Golfe du Mexique bénéficie d'une exonération de redevances fédérales sur les 87 premiers millions de barils mensuels. La redevance est de 17% pour tout baril supplémentaire, contre 53% pour les eaux profondes au large du Royaume Uni ou 76% au large de la Norvège. En outre, il existe une loi américaine leur permettant d'amortir la quasi-totalité des coûts de forage dans l'année. L'incitation à forer est donc très importantes, ce qui explique également pourquoi de nombreux puits sont creusés alors qu'ils ne sont ni productifs ni rentables.

Et l'Europe ?

  • D'après des études de Bloomberg New Energy Finance (BNEF), le modèle américain n'est extrapolable ni en Europe, ni dans le reste du monde pour plusieurs raisons :
  • La théorie du « first mover advantage » donne un avantage compétitif aux acteurs économiques arrivés en premier sur le marché, donc aux entreprises américaines.
  • Les réserves de gaz de schiste hors des Etats-Unis sont très difficiles à évaluer. Même les estimations des organismes gouvernementaux américains, qui font référence, manquent de crédibilité.
  • La structure de coûts de l’exploitation de gaz de schiste aux Etats-Unis n'est pas transposable à d’autres pays, du moins à court terme, puisque certaines infrastructures comme le réseau routier ne sont pas nécessairement adaptées. La différence de taille entre les Etats-Unis et la France implique également des différences dans les économies d'échelle au désavantage de la France.
  • La faible densité de population dans les états américains producteurs de gaz de schiste, comme le Texas, donne moins d’échos aux problématiques de mitage du paysage et de contamination des eaux.

Pour ces différentes raisons, l’étude BNEF de 2013 suggère que l’exploitation du gaz de schiste sera nécessairement plus coûteuse sur le Vieux Continent qu’aux Etats-Unis, avec un surcoût évalué à 7-12$ par MMBtu. Au final, le gaz de schiste européen serait 2 à 3 fois plus cher que le gaz de schiste américain ! La BNEF ajoute que les coûts de traitement du gaz issu de gisement de gaz de schiste au Royaume-Uni seront nécessairement plus élevés, en raison de sa composition. La possible taxe carbone française enterre un peu plus les perspectives de rentabilité du gaz de schiste.

A propos de l'auteur

Un article d'. Passionné de montagne et de nature, Edouard est un acteur engagé (et enragé) de la lutte contre le gaz de schiste.